Meline’s Garden – Des céréales alternatives au service du développement durable

par Achod PAPASIAN

Tomates, pommes de terre, maïs : ces aliments, tous originaires d’Amérique latine, sont désormais bien ancrés dans les habitudes culinaires des Arméniens. Récemment, leur famille s’est agrandie avec l’arrivée d’une petite nouvelle : la quinoa – ou « céréale mère », comme l’appelait les Incas – qui est désormais cultivée et commercialisée en Arménie par la société Meline’s Garden. A l’initiative de ce projet original, on retrouve Taline Kevonian, une Arménienne de Los Angeles, dont la formation n’a pourtant pas grand-chose à voir avec l’agriculture: après une licence en sociologie, elle passe un premier master sur la résolution des confl its, le développement de la société civile et les affaires internationales, à l’Université américaine de Paris, puis un second, à Washington, sur le développement international, spécialisé sur la corruption et la gouvernance. C’est à cette époque, peu après avoir terminé ses études, que Taline a l’idée de s’attaquer au problème de la malnutrition en Arménie, et plus précisément à l’alimentation trop riche en sucre.

Elle envisage au départ d’y cultiver de l’agave, dont le sirop représente une bonne alternative au sucre, car moins calorique et doté d’un index glycémique inférieur. Cependant, au travers de ses recherches, elle réalise que le climat arménien n’est pas propice à la Meline’s Garden Des céréales alternatives au service du développement durable culture ce type de plante tropicale. Mais dans son esprit, la graine est déjà plantée.

« Je me suis alors intéressée au quinoa et à l’agriculture arménienne », raconte-t-elle. « Je venais régulièrement en Arménie depuis 1996 et j’entendais constamment dire qu’il n’y avait pas de travail, que l’agriculture était sur le déclin. En étudiant cette céréale, j’ai réalisé que sa culture pourrait répondre à de nombreuses roblématiques en Arménie : le problème du chômage, et de la sécurité alimentaire – qui est quasiment inexistante– de la malnutrition, de l’anémie chez les femmes, du diabète chez les hommes… En plus, c’est un plat facile à préparer et qui ressemble au boulgour, une céréale que les Arméniens consomment couramment.

Elle est même deux fois plus riche en minéraux que le blé noir, qui est considérée là-bas comme la céréale la plus nourrissante. » En effet, le quinoa est riche en différentes vitamines et en cellulose, en calcium, en magnésium et en zinc. Elle contient plus de phosphore que la plupart des poissons, et plus de nutriments – protéines et fer – que la plupart des céréales. Elle est aussi riche en lécithine et en sélénium, des composants vitaux pour lutter contre le vieillissement des cellules. Pour faire ses premiers essais sur le terrain, Taline a fait appel à un agriculteur originaire de la région du Sunik qu’elle connaissait de ses précédentes visites en Arménie.

Ensemble, entre mai et juin 2015, ils se mettent à expérimenter la culture sur un hectare de champ, et tirent les leçons de leurs erreurs, comme par exemple le fait de planter les graines trop près les unes des autres qui entraîne l’hybridation. Ils font également des essais de plantation dans des conditions moins idéales – notamment dans des zones plus arides – afi n de tester l’adaptabilité de la plante au terroir arménien. Taline dépose ensuite la marque et le logo, réalise l’emballage, et en l’espace de six mois, la première récolte se retrouve en magasin. D’après elle, la culture du quinoa n’est pas très contraignante : la phase de suivi de la croissance ne dure qu’un mois et demi, et le reste du processus  est plutôt facile. Le travail, de la plantation à la récolte, est entièrement réalisé à la main, sans aucune aide mécanique. Par ailleurs, en plus de tous ses bénéfi ces nutritionnels, le quinoa a l’avantage de contenir de la saponine, un pesticide naturel qui régénère les nutriments du sol dans lequel elle est plantée après plusieurs saisons. Afi n d’enrichir son savoirfaire, Taline s’est rendue au début de l’année en Equateur, où elle a rendu visite à l’Institut national de recherches agricoles (INIAP).
Elle y a fait la connaissance d’un spécialiste du quinoa qui crée des espèces adaptées à des régions spécifi ques, et a visité les réserves de graines des Andes. Elle a également profi té de l’occasion our aller dans différentes coopératives de quinoa et rencontrer des agriculteurs dans les villages afi n de bénéfi cier de leur expertise. Une expérience nrichissante qu’elle compte renouveler prochainement, cette fois-ci en Bolivie. Cette année, Meline’s Garden en est donc à sa troisième saison de culture du quinoa, et vient de commercialiser sa première récolte de chia, une sauge originaire du Mexique, cultivée depuis les temps anciens. Ses graines sont particulièrement riches en calcium, phosphore, magnésium et protéines et permettent de diminuer la pression artérielle et les infl ammations articulaires, grâce à leurs apports en glucides, fi bres et antioxydants. Ces deux produits sont d’ores et déjà en vente dans une quarantaine de magasins de la capitale, et semblent bien partis pour trouver leur place sur le marché arménien. « Quand je suis arrivée en Arménie il y a deux ans, je savais quel serait mon public cible : les Arméniens de diaspora installés en Arménie, les membres de la communauté vegan et végétarienne qui est ctuellement en pleine expansion, ainsi que les sportifs, qui sont toujours à la recherche de céréales avec le meilleur apport nutritif », affi rme-t-elle. Elle confi e cependant qu’il lui a fallu beaucoup de ténacité et de détermination pour s’imposer : « Au départ, quand j’allais proposer nos produits aux restaurants et aux magasins, les gens réagissaient toujours de manière négative. Mais c’est un jeu de patience : six mois plus tard, ils me rappelaient après en avoir entendu parler par d’autres voies – ou bien leur direction avait entretemps changé – et lorsque je revenais les voir, j’étais accueillie à bras ouverts. Les Arméniens ne sont pas fermés, c’est juste que le processus est plus lent. Ce n’est pas une société qui accepte immédiatement la nouveauté. » Comme tous les autres entrepreneurs de diaspora, Taline doit faire face à de nombreux défi s liés aux différences d’exigence et d’éthique dans le travail, aux problèmes de gestion du temps et des priorités, et aux inconvénients relatifs à la taille réduite du marché. Mais elle avoue tirer une grande satisfaction des obstacles surmontés, et a notamment pu compter sur le soutien indéfectible de ses amis pour se frayer un chemin à travers les réglementations arméniennes. « Dès lors que nous nous sommes lancés, nous avons reçu un soutien énorme de la part des gens, que ce soit par exemple des consommateurs qui nous envoyaient des  hotos de leurs enfants cuisinant nos produits, ou bien des gens qui nous félicitaient lors des expos où nous tenions un  stand », se réjouit-elle. « En plus, notre initiative fonctionne un peu comme un pont entre les Arméniens d’Arménie et de diaspora. »
Meline’s Garden emploie une équipe permanente de quatre personnes (administration, vente, comptabilité et ivraison) et entre  35 et 50 personnes – originaires des villages locaux – pour le travail dans les champs.

L’emballage des produits est, quant à lui, confi é à des personnes handicapées, embauchées ponctuellement sur les recommandations de l’ONG « Pyunik». « Ma force, c’est d’incorporer à mon travail l’approche sociale que j’ai éveloppée lors de mon parcours universitaire dans la résolution des confl its et le développement social », confi e-t-elle. « Pourquoi travailler dans le développement international, alors que j’ai une idée concrète qui peut aider  irectement les agriculteurs et profi -ter à la population locale ? » A tous les niveaux de son initiative, Taline s’appuie au maximum sur l’économie locale : ainsi, pour l’impression des emb a l l a g e s , elle fait appel à Zartprint et Master print, deux sociétés qui consacrent une partie de leurs bénéfi ces à la création d’emploi de jeunes handicapés. A l’avenir, Taline projette d’exporter les produits de Meline’s Garden vers les pays de la région, en profi tant de  ’appartenance de l’Arménie à la Communauté des Etats Indépendants pour expédier ses produits à des coûts de  ransport avantageux. Elle est aussi actuellement à la recherche de possibilités pour étendre ses activités dans les villages frontaliers d’Arménie, ainsi qu’en Artsakh, où les champs déminés par The Halo Trust, une ONG  ritannique,  ont attribués à différents projets agricoles. De nouveaux horizons pour cette initiative résolument  ovatrice, alliant développement local, nutrition et social. Prenons-en de la graine !  Pour plus d’informations,  endezvous sur : www.melinesgarden.com Un Premier ministre d’un Etat souverain qui se rend auprès d’un prince d’une monarchie quasi absolue pour lui rendre des comptes, comme le ferait un vulgaire vassal envers son seigneur ou même un Directeur de Société vis-à-vis de son Conseil d’Administration, ce n’est guère glorieux. C’est même honteux. Mais le Liban n’est pas un Etat totalement souverain. On s’en doutait. L’a-t-il vraiment été un jour?

En tous cas pas très longtemps depuis son accession à l’indépendance acquise en 1943 suite au mandat français.
Car depuis le début des années 70, ce pays est fragmenté, divisé, soumis surtout à maintes infl uences, car il a été dès le début une des premières victimes du drame palestinien avec ses camps de réfugiés.

De guerre civile après guerre civile, les Arméniens qui s’y sont établis après le génocide ont dû subir les larmes et le sang, puis prendre pour eaucoup d’entre eux, et de nouveau, les chemins d’un exil quasi défi nitif en Europe, aux Etats Unis ou même en Australie. Aujourd’hui, de lourds nuages menacent encore le ciel libanais. Les causes : elles sont en fait très simples.
Au Moyen-Orient les islamistes du Califat proclamé par Daech sont en déroute. Pas encore totalement anéantis mais presque.

L’intervention russe et l’implication de l’Iran pour sauver le régime syrien d’Assad ont permis de renforcer un axe anti-islamique (Daech mais aussi al Nostra et d’autres groupes islamistes) qui faisait la loi dans la région, et qui était même soutenu à un moment donné par des « bienfaiteurs » issus du Golfe persique ou encore bénéfi ciait des bonnes dispositions de la Turquie voisine. Les incursions de ces mêmes groupes en question vers le Liban avaient tout récemment échouées grâce au Hezbollah chiite libanais. Entre-temps, Turcs et monarchies pétrolières ont viré de bord. Cependant, la confi guration géopolitique actuelle et celle qui pourrait se dessiner dans un futur proche ne plaisent pas à tout  e monde au Moyen-Orient. Elle en dérange même certains qui ont d’autres projets dans le voisinage. Des blocs antagonistes se sont constitués là-bas, et l’échiquier local se prête aujourd’hui à un jeu très dangereux pour la paix. La seule certitude que nous avons c’est que le «Fou du Roi», à savoir l’Etat islamique, est en passe de quitter la partie. Mais rien n’est réglé sur le fond et de grosses incertitudes demeurent sur les suites à venir après l’affaire Hariri. Que va-t-il sortir de son intermède parisien ? Diffi cile à dire, car la force réelle de la rance dans cette partie du monde a perdu de sa valeur intrinsèque. Certes la France n’a pas toujours été au diapason du camp américain par le passé, mais a-t-elle de nos jours la possibilité de le contrarier et en prendrait-elle le risque ? Et si oui jusqu’à quelles limites ? Beaucoup de questions, peu de certitudes en fait. Et pour les Arméniens du Liban, après ceux de Syrie, l’angoisse peut malheureusement rapidement être de retour. Espérons qu’on ne revoie pas emain un nouveau drame. Cela serait terrible pour un territoire qui est encore et toujours un de nos plus beaux sanctuaires. Norbert SARADJIAN Nice, le 20 novembre